Comment avez-vous vécu, vous et vos équipes, la période de confinement et la crise sanitaire ?

Dès les premiers jours du confinement, nous avons mis les quelques 1000 salariés de Niji et sa filiale Kurmi-Software en télétravail, fermé logistiquement et mis sous alarme tous nos sites d’implantation, et organisé progressivement l’animation et le pilotage de nos équipes afin qu’éloignement physique ne signifie pas trop forte distanciation sociale et que la qualité des livrables pour nos clients soit au rendez-vous. Nos équipes ont été remarquables d’engagement individuel et collectif, de solidarité. En plus de nos quatre valeurs – bienveillance, performance, audace et talent -, quatre éléments clés de comportement ont présidé à toute cette période et continuent à nous guider : frugalité, rapidité, agilité et utilité. Niji est entrée dans la crise armée d’un bilan particulièrement solide, le premier semestre aujourd’hui clôturé ne l’aura pas altéré.

Quels enseignements tirez-vous de cette période inédite pour l’économie bretonne ?

Notre économie est principalement structurée autour d’un grand nombre de PME, très ancrées dans la ruralité de nos territoires où elles jouent un rôle clé d’équilibrage socio-économique, pérennisant le sens et la valeur du travail à l’échelle locale. Ces entreprises ont globalement résisté, elles ont su s’adapter rapidement sous la houlette de dirigeants pragmatiques, soucieux à la fois de leurs équipes et de leurs clients. Mais au-delà d’une médiatisation forte de la résilience de certains secteurs emblématiques tels que l’agroalimentaire, toutes auront à assumer des impacts forts sur leurs comptes de résultats. Parfois, pour celles qui inscrivent leur raison d’exister dans des logiques de sous-traitance spécialisées au sein de de chaînes de valeurs fortement impactées, telles que l’automobile ou l’aéronautique mais aussi le nautisme et en particulier la voile de compétition, le pire est à venir et des défaillances sont à craindre. La solidarité bretonne a beaucoup joué, rapprochant l’action publique des besoins et attentes de ces entreprises … Une fois encore le « One BZH » s’est illustré mais il ne doit pas nous bercer d’illusions. Nous sommes tributaires, dans l’univers des technologies notamment et en particulier de celles du numérique, de « têtes de ponts » nationales et internationales qui achèvent à peine leur reprogrammation 2020 et la définition des plans de réduction de voilure inévitables … Les sous-traitants de rangs éloignés souffriront, la guerre sur les volumes et les prix sera rude. Plus que jamais, il faut se battre pour que ces têtes de ponts s’implantent durablement en Bretagne, et pour que nos entreprises ne soient pas que d’exécution, mais aussi de conception et surtout, de commercialisation. Il faut que leurs dirigeants intègrent pleinement les enjeux de transition qui se dessinent, de marque de territoire, de produits et de services, de différenciation et de compétitivité de leurs offres.

Vous êtes partenaires, avec Niji, du FEB. Pourquoi et qu’en attendez-vous ?

Niji a réussi ce pari inédit d’être un acteur régional de premier plan en région, et un acteur national de premier plan à Paris. Sa filiale Kurmi-Software, entreprise de produits et non de services, vise à devenir le leader mondial de son domaine. Nos racines sont à Rennes, en Bretagne, nos convictions sont territoriales, les sièges sociaux sont ici et resteront ici et ma motivation est grande de faire levier de mes entreprises pour aider au développement de notre Région, ma Région d’adoption, ma Région de cœur. Je suis un architecte, je visualise et dessine ce vers quoi il faut aller, et les transitions sont ma passion : énergétiques bien entendu, alimentaires aussi, de mobilité évidemment … Alors le FEB est ce carrefour des transitions et nous nous devions d’y être.

Quelles sont les thématiques du FEB sur lesquelles vous comptez vous engager plus particulièrement ?

Les transitions de façon générale, quelles qu’elles soient. L’innovation, au service d’une société plus équilibrée et inclusive dans nos territoires ; dit autrement, l’utilité territoriale de l’innovation, voire sa finalité. L’attractivité économique de la Bretagne, pour faire venir encore et toujours, toujours plus de ces « têtes de pont » dont je parlais plus haut, et de talents différenciants dont nous avons besoin.

Vous êtes aussi le président de Bretagne Développement Innovation (BDI), une structure qui devrait fusionner avec les services économiques de la région Bretagne. Pour quelles raisons ?

L’heure est à agir en mode commando pour parer cette crise inédite, dans une relation plus courte entre les services de la Collectivité et les équipes de mise en œuvre de BDI. Nous avons donc partagé avec le président de la Région, par ailleurs président du conseil de surveillance de BDI, le sens qu’il y avait à resserrer les liens opérationnels entre les équipes et à placer l’ensemble sous un commandement plus direct. En tant que chef d’entreprise empreint de frugalité, d’agilité et d’utilité, je partage entièrement cette orientation. Ce qui me motive, c’est d’aider la Bretagne. Et c’est aussi le sens de ma participation au FEB.