La crise sanitaire récente a agi comme le révélateur de la lente et irréversible désindustrialisation française. En Bretagne, le symbole de l’usine de masques de Plaintel, fermée en 2018, a durablement marqué les esprits, au moment où ces équipements de protection faisaient cruellement défaut et étaient importés d’Asie à prix d’or. Comme si le coronavirus avait soudain fait prendre conscience que des pans entiers du savoir-faire industriel national avaient été progressivement sacrifiés sur l’autel de la mondialisation. Compétences humaines irrémédiablement perdues, machines et équipements envoyés à la casse, circuits de distribution bouleversés : la liste est longue des conséquences de cette évolution apparue au milieu des années 1990, au nom de cet étrange concept de fabless, « l’industrie sans usine ».

La Bretagne, pourtant, demeure une terre d’industrie, avec plus de 13.000 établissements employant encore près de 160.000 salariés, dont 60.000 environ dans le seul secteur agroalimentaire. Ce dernier, véritable cœur battant de l’industrie bretonne, irrigue des pans entiers de l’économie régionale. Il est de surcroît faiblement délocalisable en raison de la nécessaire proximité des sources d’approvisionnement agricoles avec les lieux de transformation.

 

La Bretagne, terre de PME

À l’heure où les crises mondiales révèlent la fragilité des économies interdépendantes, l’idée de la relocalisation et de la réindustrialisation fait son chemin. En Bretagne, ce patriotisme économique se traduit par de nombreuses initiatives. Terre de PME par excellence, la région est irriguée par des milliers d’acteurs industriels qui misent sur la qualité, la réactivité et la proximité pour tirer leur épingle du grand jeu de la concurrence internationale. Cet esprit s’incarne notamment à travers le réseau Produit en Bretagne et ses 420 entreprises adhérentes qui emploient 110.000 collaborateurs. Le logo jaune au célèbre phare sur fond de presqu’île armoricaine agit depuis 25 ans comme un repère familier pour les consommateurs soucieux de connaitre l’origine des produits qu’ils achètent. Et lors de la crise sanitaire, la mobilisation des industriels comme celle des makers et de leurs imprimantes 3D a permis de répondre dans l’urgence au défi de la fabrication des équipements de protection. Un bel exemple d’innovation industrielle et solidaire !

 

Peut-on aller encore plus loin, pour ancrer davantage encore la création de richesses et d’emplois au cœur des territoires ?

  • Comment encourager le retour en Bretagne d’activités industrielles créatrices d’emplois ? Quelles filières privilégier ?
  • Quels métiers demain pour une Bretagne productive ? Quelles formations encourager ? Comment développer une industrie 2.0 attractive pour les jeunes générations ?
  • Comment concilier développement industriel et aménagement durable du territoire ? Que doit être l’usine du futur dans ses relations avec son écosystème ? Comment le numérique peut-il accompagner la réindustrialisation au plus près des besoins ?

 

Autant de questions essentielles qui seront au cœur des débats du Forum Economique Breton.

Le FEB entend les aborder très concrètement, en donnant la parole aux industriels et à l’ensemble de leurs parties prenantes : collectivités, associations, syndicats de salariés… La réindustrialisation peut faire peur, certains jugent même ce concept dépassé. Pour retrouver ses lettres de noblesse, elle ne doit plus être synonyme d’activités polluantes et de cheminées qui fument. Mais plutôt de travail en réseau, d’emplois manuels revalorisés, d’excellence et d’innovation. Un débat complexe mais indispensable pour concevoir ensemble l’économie bretonne du 21e siècle.